Traverser la rue entre deux mondes…

Jean Vanier, dans sa grande sagesse, évoque le livre du pape François, « le Nom de Dieu est Miséricorde »

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Pourquoi, selon vous, le pape a-t-il consacré son premier livre à la miséricorde ?

La préoccupation du pape François, ce sont les divisions immenses du monde : il en est malade et il n’en peut plus de crier, de hurler !

Dans le monde, un milliard et demi de personnes vivent dans des bidonvilles et ce chiffre augmente de 100.000 par jour car de plus en plus de gens doivent quitter leur village où ils ne gagnent pratiquement rien. (…) Le pape n’en peut plus de tout cela. Les prisons, l’isolement des personnes âgées dans les maisons de retraite, la marche vers l’euthanasie, la drogue…

Le monde est complètement coupé en deux et il le voit avec une grande clarté.

Quel est le lien entre la miséricorde et la division du monde ?

Le pape est obnubilé par l’indifférence entre deux mondes, celui qui réussit et celui qui ne réussit pas. Les satisfaits et les découragés. Tout le synode tournait autour de ça. Prenons la question de l’homosexualité : elle existe, qu’on le veuille ou non. Certains disent : c’est le diable. Mais ce sont des êtres humains ! Il faut écouter ces gens.

Pour le clivage autour des divorcés remariés c’est la même chose. Le pape dit : ne commencez pas par leur parler d’adultère, écoutez d’abord leur histoire. A l’Arche, il y a tous les ans une retraite pour les divorcés : qu’est ce qu’ils ont souffert, mon Dieu !  Des femmes avec quatre enfants qui sont abandonnées par leur mari… et retrouvent quelqu’un. Pour François le problème n’est pas de trouver des solutions tout de suite pour tous ces gens… Mais qu’on s’écoute, qu’on se rencontre.

La miséricorde c’est aller à la périphérie pour écouter. C’est traverser la rue entre deux mondes.

Traverser la rue entre deux mondes…

Merci Jean ! Mais avant le pape François et pratiquement avec les mêmes mots n’est ce pas le même cri que tu partageais à Quebec en Juin 2008 ?

« Nos sociétés sont marquées par une culture de compétition où quelques-uns gagnent, beaucoup perdent et plus encore sont victimes. Une culture qui magnifie les forts, les beaux et les capables tend à rejeter les plus faibles et les plus vulnérables.  »    Jean Vanier  : Le cri d’un prophète ( Quebec 2008)

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(cf http://www.lavie.fr/ (Le nom de Dieu est miséricorde : conversation avec Andrea Tornielli ))