La loi du plus fort ? ou du plus vulnérable ?…

La loi du plus fort ou du plus vulnérable ?

« Ce qui est à craindre,c’est l’avènement d’une société faisant primer la loi du plus fort « . Ces mots sont de Jean Léonetti. L’ancien rapporteur des lois de bioéthiques réagit ainsi au sondage récemment paru dans La Croix sur les enjeux de bioéthique : PMA pour toutes, grossesse pour autrui, euthanasie. Jean Léonetti ne cache pas son inquiétude : « En matière de bioéthique, nous nous trouvons face à un conflit de valeurs entre, d’un côté, l’éthique d’autonomie, fondée sur la liberté de décider pour soi-même, et, de l’autre, l’éthique de la vulnérabilité, qui veille à protéger les plus fragiles… »

Quels que soient les thèmes traités dans les états généraux de la bioéthique qui viennent de s’ouvrir, Jean Léonetti nous livre là une grille de réflexion intéressante. Quelle société voulons-nous construire demain ? Une société où les droits individuels prévalent sur le bien commun, où la loi du plus fort prend le pas sur tout ? Ou une société qui veille à l’intérêt du plus fragile, qui nous fait entrer dans une véritable fraternité ?

Depuis des décennies, le libéralisme conjugué à l’individualisme nous ont tellement habitués à la loi du plus fort que nous croyons souvent que cela est inscrit dans la nature des choses. Nous n’aurions qu’à nous y soumettre en la régulant au mieux.

Un livre récent démontre le contraire, intitulé « L’entraide, l’autre loi de la jungle » aux éditions 3L. Les auteurs, biologistes, nous révèlent que de tout temps, les animaux, les plantes, les champignons, les micro-organismes pratiquent l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus.

« Si une forêt est résiliente, c’est parce que les vieux arbres solides transmettent des nutriments aux jeunes arbres plus faibles » donnent-ils en exemple, pour démontrer ensuite qu’il en est de même pour les animaux, mais aussi pour les humains. « L’entraide est là depuis la nuit des temps -disent-ils- mais on ne les voit plus car on a chaussé les lunettes de la compétition ».

Ces états généraux de la bioéthique sont une opportunité pour que nous chaussions d’autres lunettes : celles de la vulnérabilité, qui ouvre à l’entraide et à la communion. « Elle appartient à l’essence de l’humain » a dit récemment le Pape François en s’adressant à des personnes handicapées.

entretien avec Philippe de Lachapelle sur RND